Comment as-tu connu Rando's ?
Dans le guide Gai Pied. Après deux ans d’hésitation, j’ai franchi le pas ! Quand je suis venu la première fois, j’ai été très bien accueilli. C’est important pour chaque animateur de savoir se mettre dans la peau de quelqu’un qui vient pour la première fois, de s’occuper tout spécialement des nouveaux et de les présenter à ceux qui sont déjà des fidèles.
Ce qui m'a encouragé à adhérer :
1) l’accueil qui se fait plutôt bien à Rando’s. Après une ou deux balades, plusieurs adhérents sont venus me parler et j’ai senti tout de suite une ambiance chaleureuse.
2) la qualité du programme avec un large choix de randonnées, des lieux et heures de rendez-vous précis : je me suis dit que Rando’s est une association intéressante et sérieuse, qui mérite que je revienne.
Après la disparition de mon ami en 1996, mort du SIDA, j’ai eu besoin d’une phase d’intériorisation et de coupure par rapport à certains aspects de vie gay (bars, boites, sex-clubs, etc). Puis j'ai eu besoin de me re-sociabiliser, de communiquer. J’avais aussi l’amour de la nature et le besoin d’effort physique. Rapidement, j’ai constaté que randonner le dimanche me faisait beaucoup de bien sur tous les plans.
Chacun vient randonner pour établir des liens amicaux mais aussi pour son bien-être personnel en pleine nature, et non pour polémiquer ou en rajouter sur les problèmes de la semaine ou de l’actualité.
As-tu lié des amitiés dès les premières balades ?
Non, c’est venu plus lentement. Comme beaucoup d’adhérents, je me suis d’abord dit que la randonnée terminée, il ne semble pas y avoir de suite dans la vie de tous les jours. Certaines personnes adhèrent sans doute en espérant trouver l’âme sœur, un amant ou un réseau d’amis. Cela peut arriver mais pas si vite, et à mon avis, ce n'est pas le but principal.
Comme pour toute chose, le plaisir qu’on retire de Rando’s est en proportion de son propre degré d’investissement dans les activités de l’association : c’est d’ailleurs frappant de constater la fidélité des adhérents de Rando’s à ses activités diverses et variées. Quand on intègre l’idée de régulièrement préparer son pique-nique le samedi soir et l’effort de se lever le dimanche matin et qu’on vient souvent, les autres finissent par vous connaître par votre prénom et cela fait plaisir. Le tout est ensuite de se souvenir des prénoms des autres !
Faisais-tu partie d’autres associations gays avant, ou était-ce la première fois ?
J’ai été un des fondateurs, puis le secrétaire général pendant 10 ans du Cercle Montherlant qui organisait des dîners-débats mensuels. C’était surtout un cercle de vieilles dames et de jeunes messieurs !
Je sais que tu es séropositif. T’es-tu investi au sein d’Aides Île-de-France ? Non, mais j’ai ressenti après un ou deux ans d’adhésion à Rando’s le besoin de faire quelque chose dans notre association : je me rendais compte que d’autres que moi à Rando’s étaient concernées à divers titres par la maladie.
Au conseil d’administration, nous avons voulu faire des actions de prévention, dans la mesure des moyens de l'association. Nous avons créé une commission santé, rédigé une plaquette de prévention, distribué des préservatifs.
Je me suis dit que si Rando's m'apportait un certain bien-être, cela pourrait aussi aider d’autres gays séropositifs à sortir de chez eux alors qu’ils n’ont souvent pas d’autre horizon que la maladie. La randonnée, qui s’adapte à différentes conditions physiques et qui se pratique en groupe, peut beaucoup apporter à qui veut retrouver, ou tout simplement conserver, une bonne santé.
J’ai appris qu’il existait un groupe de randonneurs d’Aides qui organisait une sortie mensuelle. J’ai rejoint ce groupe tout en restant à Rando’s et j'ai proposé une balade trimestrielle en commun pour les 2 associations.
Cette initiative permet au groupe d’Aides de connaître d’autres randonneurs et de nouveaux parcours ; elle permet aussi aux adhérents de Rando’s d’avoir un geste amical envers des séropositifs et de faire acte de solidarité. Action modeste mais concrète et qui signifie quelque chose.
Tu as aussi organisé des week-ends en commun avec Aides Île-de-France ?
Oui, à la Maison de Bonneuil, en Picardie : une maison de campagne au service des associations LGBT depuis 30 ans. Nos deux week-ends par an à Bonneuil attirent des gens, séropositifs ou non, qui ont envie de partager de bons moments et de mieux se connaître.
Participes-tu à des activités culturelles ?
Oui, je choisis selon mes goûts qui me portent plutôt vers les choses classiques que vers le contemporain.
L’association a la chance d’avoir des adhérents qui sont conférenciers professionnels et proposent leurs visites d’autres jours que le dimanche. Il n’y a pas concurrence avec la randonnée pédestre mais une réelle complémentarité.
Ces activités culturelles sont très fréquentées, et certains adhérents n’ont commencé à randonner qu’après avoir connu Rando’s par une visite culturelle dans Paris. Et Il est d’ailleurs artificiel de séparer randonnée pédestre et culturel quand on randonne en Île-de-France, tant cette région est riche en sites et monuments. !
Que faisais-tu quand tu étais membre du Conseil d'administration entre 2002 et 2004 ?
Je m'occupais de la commission santé, et aussi je rédigeais des procès verbaux de réunions de CA et d’AG.
Le plus important est de participer à la réflexion collective du conseil : savoir faire les meilleurs choix pour l'association et ses adhérents.
Pour conclure ?
Je suis très reconnaissant et fidèle à Rando’s. Il y a un esprit de groupe, même si certains adhérents se contentent d’être davantage consommateurs qu’acteurs. C’est leur droit. L’essentiel est que chacun fasse des efforts pour entretenir la très bonne ambiance à Rando’s. On ne s’en rend compte qu’en fréquentant d’autres associations où le climat est parfois redoutable. Les raisons pour lesquelles je reste à Rando’s sont multiples mais se résument dans le sentiment de bien-être que je ressens le dimanche soir en rentrant chez moi.
Merci, Jean-Marie.